Un tournant décisif

 

Page 14

 

HEBERT
Voici l'avis du journaliste Hébert, après la fuite du roi: " Ah! le foutu butor, quel sot animal que ce qu'on appelle un roi, un monarque! C'est bien-là, foutre, le rebut du genre humain; je l'ai enfin vu notre capon pour la première fois, depuis sa belle équipée... Il me semblait voir une nichée de hiboux, en regardant toute la bougre de race tapie dans un coin; qu'on ne s'imagine pas que leur sottise leur ait rabattu le caquet, ils n'en sont tous que plus insolents. Ils vous lancent à tout ce qui les entoure des oeillades qui les tueraient si cela était en leur pouvoir; la garce d'Autricienne, comme une tigresse qui a manqué sa proie et qui se voit enchaînée, la rage dans le coeur semble dire, voilà donc ces victimes que j'allais égorger! Je ne pourrai donc pas me rassasier de leur sang! Je ne marcherai donc  jamais sur des monceaux de cadavres! Remplie de ces idées sinistres, ses cheveux se dressent sur sa bougre de tête, sa foutue gueule se remplit d'écume et des larmes de sang coulent de ses yeux... Si je m'étais cru, comme je t'aurais foutu des dragées à cette maudite engeance! Qui le croirait! A moitié saoul, le gros peccata me reconnaît et pour la première fois depuis sa capture, il rit à plein gosier. Je savais bien que tu n'étais qu'une bougre de bête, mais je ne te croyais pas le plus scélérat, le plus abominable des hommes. Téméraire, répond l'ivrogne, souviens-toi que tu parles à ton roi; toi, mon roi! tu ne l'es plus, tu n'es qu'un lâche déserteur; un roi doit être le père du peuple, et non pas son bourreau. Tu n'es pas même citoyen et tu seras trop heureux si, pour avoir voulu faire égorger des milliers d'hommes, tu ne laisses pas ta tête sur un échafaud. Ah! je me doute bien que tu vas faire encore une fois le bon apôtre, et que, secondé par des jean-foutres, tu vas promettre mons et merveilles; on veut encore te foutre la couronne sur ta tête de cerf; mais non, foutre, ça ne se fera pas. D'un bout de la France à l'autre, il n'y a qu'un cri contre toi, contre ta foutue messaline, contre ta bougre de race. Plus de Capet, voilà le cri de tous les citoyens. Quelle foi pourrait-on avoir dans tes reliques, vil parjure qui a faussé et refaussé ton serment. Nous te foutrons à Charenton, et ta garce à l'hôpital. Quand vous serez bien claquemurés l'in et l'autre, et surtout, quand vous n'aurez plus de liste civile, laze me foutre si vous vous échappez. Je n'avais pas achevé ces mots, que la femme Capet fondit sur moi comme une harengère, les deux poings sur les hanches. Nous ne vous donnerons pas le temps, foutue canaille, me dit-elle, d'exécuter tous les complots, à votre barbe, à votre nez nous foutons encore le camp, oui, je vous le jure..." 
     FICHES PEDAGOGIQUES

  revolupresse2

La fuite du roi

 

Le roi annonce le retrait des troupes étrangères de Paris où les vivres manquent toujours pour le peuple et le retour du ministre Necker. Des clubs politiques voient le jour : les Feuillants, les Cordeliers, les Jacobins…Louis 16 semble accepter la révolution, contrairement à son entourage. L’émigration des nobles commence. Dans les provinces, l’agitation continue : c’est la grande peur : on brûle des châteaux, des documents de l’ancien temps.
___________________________________

A l’Assemblée Nationale, les députés proposent d’abolir les privilèges, ce qui se fera en partie, dans la nuit du 4 août 1789. Comme en Amérique, la représentation nationale pense à rédiger une Déclaration des Droits de l’Homme…riche. La suppression de l’esclavage, le vote pour tous et le droit au travail seront oubliés.
___________________________________

Le souverain partage donc le pouvoir avec l’Assemblée mais on débat pour accorder au monarque un droit de veto. Celui-ci n’a toujours pas accepté l’abolition des privilèges. Le peuple a faim et se soulève. Le 5 octobre, les femmes de Paris marchent sur Versailles pour réclamer du pain et l’installation de la famille royale à Paris. La Fayette et les Gardes Nationales suivent de loin. Parties à 11 heures du matin, après avoir forcé l’Hôtel de Ville et la Conciergerie pour trouver des armes, la troupe arrive vers 7 heures du soir à Versailles. Le château est envahi le 6 octobre. Le roi et la reine doivent se monter au balcon et promettre d’aller à Paris. Dans la journée, la famille royale vaincue se dirige vers la capitale, entourée du peuple. La constitution de 1791 entre en vigueur.
___________________________________

Les finances vont toujours aussi mal et il faut trouver de l’argent. Talleyrand propose que les biens du Clergé soient nationalisés. Les assignats voient le jour. Le 15 janvier 1790, le pays est divisé en 83 départements. Les ordres religieux sont supprimés et des prêtres se marient.
___________________________________

Le peuple est las d’avoir faim et de manquer de travail. Le roi devient un fonctionnaire public et les évêques sont élus par les notables dans les 83 diocèses. La nouvelle constitution du Clergé va provoquer les derniers soubresauts de l’ancien monde qui refuse d’abandonner la domination, née il y a des centaines d’années dans la peur. Le 26 novembre 1790, l’Assemblée décide que les prêtres doivent prêter serment de fidélité à la nation, au roi et à la constitution. Le roi, encouragé par le pape, ne s’engage sur rien.
___________________________________

Le 16 février 1791, les tantes du roi émigrent. Les chevaliers au poignard essaient de faire évader le roi, le 28 février 1791. Le pape condamne la révolution. Pour Pâques, la famille royale prétextant une messe à Saint-Cloud, veut sortir de Paris. Le peuple refuse. Le 21 juin, la famille royale quitte subrepticement la ville, de nuit. Le maître de poste Drouet reconnaît le monarque, près de la frontière. Le roi, reconduit à Paris, est suspendu de ses fonctions. La presse prend parti pour ou contre les agissements de la monarchie.
___________________________________

Le journaliste royaliste Marchant écrit dans LES SABATS JACOBITES, numéro 40 : « Depuis notre révolution, j’ai toujours été zélé royaliste. L’évènement du 21 juin ne m’a point fait changer de façon de penser…Tandis que des libellistes forcenés vomissent les blasphèmes les plus abominables contre un prince à qui l’on ne peut reprocher d’autre défaut qu’un excès de bonté…je dévoilerai les odieuses manœuvres employées par les Jacobins pour détruire la monarchie et je parlerai, puisque j’y suis forcé, de l’horrible attentat commis sur la personne du roi et de la famille royale par le patriote Drouhet et ses complices les habitants de Varennes… Le roi et toute sa famille fuyaient de leur prison et s’applaudissaient d’échapper à la fureur d’un peuple rebelle…Le roi devait-il quitter Paris ? Il le devait, puisqu’il ne jouissait point de sa liberté…Sa vie même n’était pas en sûreté…L’exécrable Marat fut porté en triomphe dans la matinée du 21 juin par cette canaille pour laquelle il écrit… »
___________________________________

Qualifié d’enragé, Marat choisit une autre version des évènements dans son numéro 503 de L’Ami du Peuple : « Le voilà ramené dans nos murs ce brigand couronné, parjure, traître et conspirateur. Fourbe sans honneur et sans âme, au milieu du cortège qui l’amenait prisonnier. Il paraissait insensible à l’infamie d’être traîné dans un char chargé de criminels complices de ses forfaits. Tout autre que lui eut péri de douleur et de honte : mais il ne connaît que les souffrances animales : tout le temps qu’il était entre les mains des soldats de la patrie, il ne cessait de leur demander à manger et surtout à boire. A voir cet être dégradé, non moins lâche que stupide, qui croirait qu’il a pu causer de si vives alarmes…Hélas, ce n’est pas lui qui causait nos transes ; mais les légions innombrables de valets, de suppôts, de satellites, d’espions, d’assassins, de brigands, attachés à sa destinée… »

 

Départ des femmes de Paris

 

Journal royaliste

 

 

Marat, journaliste enragé

 

 

L'Ami du Peuple, 1791

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L'info gratuite sur Aquadesign